mardi 3 septembre 2013

Lectures – Autour de Hölderlin (addendum)



Revenons à Waiblinger et à sa Vie de Hölderlin qui n’était en fait qu’un moyen pour lui de financer son voyage à Rome — et peut-être de faire patienter l’éditeur en attendant que son roman soit terminé. Pierre Bertaux écrit à ce propos : « Quant au roman que Waiblinger avait l’intention d’écrire sur le thème de l’artiste devenu fou, il a effectivement été écrit, publié, oublié. Il porte pour titre Phaëton, titre qui rappelle Hypérion de Hölderlin. Sans scrupule Waiblinger y donne comme “des écrits poétiques du sculpteur Phaëton” des fragments de Hölderlin qu’il avait “empruntés” à Hölderlin et qu’il ne lui avait jamais rendus. »



Concernant la « folie » de Hölderlin Pierre Bertaux écrit : « Il est des passages de Waiblinger auxquels personne ne se réfère jamais, peut-être parce qu’ils tendraient à infirmer l’interprétation pathologique du cas de Hölderlin, à laquelle on paraît tant tenir. / Waiblinger, qui pourtant avait décidé de dépeindre “un fou”, constate : “Entre le genre humain et lui s’est creusé un abîme insondable. Il est sorti de l’humanité, plus rien ne le relie à elle que le souvenir, l’accoutumance, le besoin et l’instinct qui ne périt jamais.” / Et Waiblinger de conclure : “Ces innombrables et curieuses bizarreries de Hölderlin sont pour la plupart une conséquence bien facile à comprendre de son existence de solitaire. On voit des gens soi-disant raisonnables qui, quand ils se retirent du monde pendant des années, en viennent à des excentricités qui dépassent ce qu’on attend d’un fou fini. Combien plus un Hölderlin qui, après une jeunesse prometteuse et joyeuse, entouré de beauté et de plénitude, a été amené par un malheureux concours de circonstances et une âme trop sensible, une intelligence tendue à l’excès, à vivre pendant des dizaines d’années sans contact avec le monde.” »



S’agissant de la réception de l’œuvre hölderlinienne dont il dit qu’à l’époque pratiquement personne ne l’a lue, Pierre Bertaux écrit : « Ceux dont c’est le métier de le faire, les historiens de la littérature, vont pendant quatre-vingt ans se contenter de répéter l’antienne qu’ils ont lue quelque part : Hölderlin, ce romantique perdu dans on rêve, qui se lamente sur les ruines de la Grèce antique, cette âme trop sensible qui a succombé aux cruautés de l’existence. […] Les plus avisés, qui ont peut-être lu de lui un poème ou deux, sentent qu’il ne faut pas le confondre avec les autres romantiques ; que peut-être même il n’y a pas lieu de le coopter parmi eux. Mais alors, où le classer ? Dans quel tiroir, dans quel casier ? Il n’entre dans aucuns. Sauf dans celui des fous : voilà qui explique tout, voilà pourquoi il ne ressemble à rien. »



Parmi les « quelques très rares voix [qui] se sont fait entendre [et] qui ne vont pas dans ce sens », Pierre Bertaux cite Karoline von Woltmann qui écrit, peu après la mort du poète : « Hölderlin montera au firmament de la littérature allemande, le jour où l’Allemagne pourra supporter un poète qui allie à une conception grandiose l’extrême simplicité d’expression. » Elle avait lu Hypérion à dix-huit ans. C’est elle qui encouragera Alexander Jung, « journaliste, écrivain et critique », à écrire « la première en date des monographies sur Hölderlin », qui est « un des ouvrage les plus remarquables qui lui aient jamais été consacrés », nous dit Pierre Bertaux. « Alexander Jung compare l’existence de Hölderlin à Tübingen à celle de l’ermite en Grèce : “Cette rupture en esprit avec le monde, voilà ce que les humains ont appelé la folie de Hölderlin.” / Contrairement à tout le monde en ce temps-là, Alexander Jung insiste sur l’actualité du message de Hölderlin. / Son ouvrage, écrit en 1847 fut publié par Cotta en 1848, c’est-à-dire en pleine révolution européenne. En Allemagne, en Europe, on avait d’autres soucis. Le livre n’eut aucun succès, ni même aucun écho ; aucune influence sur l’opinion. On continua à répéter, à ressasser la légende. »




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